Indemnité de départ : 2 mois de salaire, vraiment ?

Quand vous partez à la retraite, votre employeur vous doit une somme d’argent dès 10 ans d’ancienneté, appelée l’indemnité de départ à la retraite. Toutefois, son minimum plafonne vite, à seulement deux mois de salaire après 30 ans de maison ! De quoi faire la grise mine ? En réalité, ce que vous pourriez toucher dépend essentiellement de la façon dont votre contrat prend fin… Dans cet article, je vous explique les 4 façons de quitter votre poste, avec les avantages et inconvénients de chaque méthode. Alors, comment allez-vous gérer votre départ ?
Moins d’une minute pour cet article ?
Les points à retenir
1
Il existe 4 façons de quitter votre entreprise, et votre indemnité peut être multipliée par 4 à 6 selon celle choisie
2
Si vous partez de votre propre initiative, votre indemnité est imposable en totalité, sauf plan de sauvegarde de l’emploi
3
La formule la plus généreuse, la mise à la retraite, ne devient possible qu’à partir de vos 67 ans
4
Signer une rupture conventionnelle alors que vos droits à retraite sont ouverts rend l’indemnité imposable dès le premier euro
- Qui décide vraiment de votre départ à la retraite ?
- Le départ volontaire, à éviter à tout prix ?
- Et si c'est votre employeur qui vous met à la retraite ?
- Une rupture conventionnelle pour un départ mieux rémunéré ?
- Et si vous étiez licencié juste avant la retraite ?
- Ma conclusion sur le départ à la retraite et votre employeur
- Vos questions fréquentes sur le départ à la retraite et l'employeur
Qui décide vraiment de votre départ à la retraite ?
Soyons très clair :
Mais l’inverse est également vrai :
Alors, on fait comment ? En réalité, il existe 4 façons de quitter votre entreprise pour prendre votre retraite :
Avant de les comparer, il faut d’abord bien comprendre à quoi correspond une indemnité de licenciement :
Maintenant, prenons un salarié avec 30 ans d’ancienneté et un salaire brut mensuel de 4 000€ :
Alors, parmi les 4 manières de quitter son entreprise, laquelle est la plus intéressante ? Le tableau suivant résume les choix possibles :
| Façon de partir | Qui décide | Indemnités | Imposition | Droit au chômage |
|---|---|---|---|---|
| Départ volontaire | Lui seul | 8 000€ | 100% de cette somme | Non |
| Mise à la retraite par l’employeur | L’employeur propose, mais seulement à partir de 67 ans, et le salarié garde son droit de refus jusqu’à 69 ans | 36 700€ | Exonérée | Non |
| Rupture conventionnelle | Les deux, d’un commun accord | 36 700€ au minimum, le reste se négocie | Exonérée, sauf si ses droits à retraite sont déjà ouverts | Oui |
| Licenciement | L’employeur, avec un motif réel et sérieux | 36 700€ | Exonérée | Oui |
Autrement dit, deux employés avec la même carrière peuvent quitter le même bureau le même jour, et recevoir 8 000€ ou 36 700€, et avec un impôt différent par-dessus !
Le départ volontaire, à éviter à tout prix ?
Vous souhaitez partir de votre propre initiative ? Le départ volontaire à la retraite est le cas le plus courant. Mais ce n’est pas nécessairement ce qui vous avantage le plus…
👉 La marche à suivre
Suivez ces étapes pour réussir votre départ volontaire dans les règles de l’art :
Étape 1
Ouvrez votre convention collective
C’est le premier réflexe, et le plus rentable ! En effet, si votre branche d’activité est régie par une convention collective, il est très probable que vous puissiez obtenir mieux que le minimum légal.
Tout y est écrit noir sur blanc, il y a plus qu’à récolter l’information.
Étape 2
Fixez votre date de départ
Votre pension de base démarre toujours le 1er d’un mois, jamais un 12 ou un 23.
Cette date fixée, comptez à rebours pour savoir quand annoncer votre départ. La durée de votre préavis dépend de votre ancienneté :
Mais encore une fois, il est possible que votre convention collective prévoie mieux, et c’est alors elle qui l’emporte.
Étape 3
Annoncez votre départ par écrit
Envoyez votre lettre en recommandé ou remettez-la en main propre contre signature. En effet, sa date de réception fait courir votre préavis et fixe votre dernier jour de travail.
Cinq mentions à inclure dans cette lettre :
- L’objet : départ volontaire à la retraite, pour qu’aucune requalification ne soit possible
- Votre date de départ, celle de la veille du 1er du mois choisi
- La durée de préavis que vous respectez, et le texte qui la fixe, loi ou convention collective
- Votre demande de solde de tout compte et des documents de fin de contrat
- La date et votre signature, qui font courir le préavis
Étape 4
Récupérez vos documents de fin de contrat
Le jour de votre départ, votre employeur doit vous remettre trois documents :
Le reçu pour solde de tout compte vous engage, car vous avez 6 mois pour le contester après l’avoir signé. Passé ce délai, ce document devient libératoire, c’est-à-dire que votre employeur ne vous doit plus rien sur les sommes qui y figurent.
👉 Les indemnités du départ volontaire
Votre départ volontaire vous ouvre droit à l’indemnité de départ à la retraite, selon le tableau suivant :
| Votre ancienneté | L’indemnité minimale |
|---|---|
| Moins de 10 ans | Aucune indemnité légale |
| À partir de 10 ans | Un demi-mois de salaire |
| À partir de 15 ans | Un mois de salaire |
| À partir de 20 ans | Un mois et demi de salaire |
| À partir de 30 ans | Deux mois de salaire |
Vous avez bien lu, avec un maximum de deux mois à partir de 30 ans d’ancienneté ! Toutefois, notez bien qu’il ne s’agit que d’un minimum légal et que rien n’interdit votre employeur de vous verser davantage.
👉 Vos congés payés et votre compte épargne temps
En plus de votre éventuelle indemnité de départ, vous pourriez également toucher :
Par exemple, prenons un salarié avec un salaire de 4 000€ partant avec 12 jours de congés et 20 jours sur son compte épargne temps. À environ 185€ la journée travaillée, cela représente près de 6 000€ qui s’ajoutent à l’indemnité légale de départ, sur le même solde de tout compte.

« Presque personne ne me demande sous quelle forme quitter son entreprise. On se concentre sur la date de départ et l’optimisation des pensions, mais la forme du départ se discute également. En effet, une fois la lettre de départ volontaire envoyée, il n’y a plus rien à négocier. »
« Presque personne ne me demande sous quelle forme quitter son entreprise. On se concentre sur la date de départ et l’optimisation des pensions, mais la forme du départ se discute également. En effet, une fois la lettre de départ volontaire envoyée, il n’y a plus rien à négocier. »
Et si c’est votre employeur qui vous met à la retraite ?
Tout dépend de votre âge :
Quel intérêt à être mis à la retraite ? Le barème du départ volontaire et de la mise à la retraite n’ont aucun rapport entre eux :
Résultat ? Plus votre ancienneté est longue et plus la mise au départ par l’employeur est financièrement intéressante.
Par exemple, toujours pour un salarié qui gagne 4 000€ brut par mois, nous avons :
| Ancienneté | Départ volontaire | Départ à l’initiative de l’employeur |
|---|---|---|
| 20 ans | 6 000€ | 23 300€ |
| 30 ans | 8 000€ | 36 700€ |
| 42 ans | 8 000€ | 52 700€ |
Cela n’a donc plus rien à voir ! De plus, l’imposition rentre aussi en jeu :
Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que les employeurs rechignent à mettre leurs salariés à la retraite… d’autant plus qu’ils doivent aussi s’acquitter d’une contribution de 40% sur l’indemnité de mise à la retraite depuis le 1er janvier 2026

« Je ne peux promettre à personne que son employeur dira oui. Mais poser la question en connaissant l’écart entre les deux barèmes vaut toujours mieux que de déposer sa lettre sans avoir rien demandé. »
Le départ volontaire ne vous apporte pas grand-chose et votre employeur ne peut pas vous mettre en retraite ? Deux possibilités sont encore à explorer :
Point commun ? Elles vous versent une indemnité et vous permettent de toucher une allocation chômage.
Une rupture conventionnelle pour un départ mieux rémunéré ?
Commençons par expliquer ce qu’est une rupture conventionnelle :
Comment l’obtenir ? En bref, le processus :
- Discussions avec votre employeur
- Signature de la convention
- Délai de 15 jours pour changer d’avis, côté employeur comme salarié
- Validation par l’administration du travail sous 15 jours ouvrables
Vous pouvez donc compter environ un mois entre la signature et la fin de votre contrat.
Quel intérêt pour vous ? Il y en a deux :
En fonction de votre situation personnelle, la rupture conventionnelle peut vous apporter de vrais avantages.
Bon à savoir
Et pour votre employeur ?
La rupture conventionnelle possède ses avantages, mais aussi ses inconvénients.
D’abord, il obtient un départ sans conflit, ni risque de procès, à une date choisie d’un commun accord. Cette carte peut être jouée dans le cadre d’une réorganisation ou sur un poste appelé à disparaître.
Par contre, le coût est élevé, car il faut verser une contribution de 40% sur votre indemnité. Ne soyez pas surpris s’il commence par refuser !
Votre convention est signée et validée ? Une fois le contrat terminé, vous percevez alors chaque mois une allocation versée par France Travail calculée sur vos anciens salaires.
Pour combien de temps ? Pour une rupture conventionnelle dont le contrat se termine à partir du 1er septembre 2026, l’indemnisation dure au maximum :
Bonne nouvelle, votre retraite continue de se construire pendant toute cette période, à raison d’un trimestre tous les 50 jours indemnisés, sans oublier le versement de points Agirc-Arrco “gratuits”. Aucun trou ne se creuse dans votre carrière.
Et si l’allocation s’arrête avant votre retraite ?
Un maintien jusqu’au taux plein existe. En effet, France Travail peut prolonger vos allocations au-delà de vos droits normaux si toutes ces conditions sont réunies :
Dans ce cas, l’allocation continue jusqu’à votre taux plein, au plus tard jusqu’à vos 67 ans.
Au final, la rupture conventionnelle vise surtout les salariés à moins de deux ans de leur retraite, car l’allocation de chômage leur permet de “tenir” jusqu’à l’arrivée en retraite.
Bon à savoir
Le différé d’indemnisation
Négocier une indemnité plus élevée que le minimum légal repousse la date de votre premier versement d’allocation chômage. En effet, France Travail considère ce supplément comme du salaire. C’est-à-dire que ce “surplus” de salaire est censé pour vous aider à vivre en attendant le versements des allocations.
Par conséquent, la date du premier versement de l’allocation chômage est différée en fonction des conditions suivantes :
Par exemple, Agnès négocie 20 000€ au-dessus du minimum légal. 20 000 divisé par 111,8 donne 179 jours, ramenés au plafond de 150 jours. Avec les 7 jours de carence, sa première allocation arrive environ 5 mois après la fin de son contrat.
Finalement, il reste le point le plus important de la rupture conventionnelle, à ne surtout pas découvrir au dernier moment :

Le piège de la date de signature
Si vous signez votre rupture conventionnelle avant d’avoir atteint l’âge légal de la retraite, votre indemnité est exonérée d’impôt. Chouette !
Par contre, si vous avez l’âge légal du départ, entre 62 et 64 ans selon votre génération, l’indemnité devient imposable en totalité, comme un salaire. Par exemple, prenons un salarié dont l’âge légal est de 63 ans. Il touche 36 700€ de rupture conventionnelle :
Ce piège se referme également en cas de départ anticipé, comme pour la carrière longue. En effet, d’un point de vue technique, vos droits à la retraite se déclenchent plus tôt, ce qui justifie l’imposition aux yeux de l’administration.

« Même imposée, une rupture conventionnelle reste plus intéressante qu’un départ volontaire, car l’indemnité est bien supérieure. Mais signer avant votre âge légal change tout : la même somme, sans impôt. »
Et si vous étiez licencié juste avant la retraite ?
A tout moment, votre employeur garde toujours le droit de vous licencier :
Quel rapport avec votre retraite ? Un licenciement peut survenir à tout âge, pour des raisons économiques comme personnelles. Approcher de la retraite ne vous en met pas à l’abri.
En revanche, n’espérez pas le provoquer pour toucher l’indemnité, car un licenciement pour faute grave vous en priverait totalement !
Si cela vous arrive à quelques années de votre départ, gardez donc à l’esprit que ce n’est pas une catastrophe financière, car vous conservez trois protections :

« Beaucoup de salariés licenciés à quelques années de la retraite pensent avoir tout perdu. Sur le plan financier, c’est pourtant une sortie bien protégée. Chaque situation est différente, mais ne cédez surtout pas à la panique ! »
Ma conclusion sur le départ à la retraite et votre employeur

Alors, deux mois de salaire en guise d’indemnité de départ à la retraite, vraiment ? Ce montant qui fait office de référence pour beaucoup de personnes est un peu l’arbre qui cache la forêt. Je recommande plutôt de prendre le temps d’étudier vos options !
Dans cette optique, voici mes quatre conseils pour cette dernière ligne droite :
Conseil 1
Ouvrez votre convention collective
La loi ne vous garantit que deux mois de salaire au maximum, quand certaines conventions collectives accordent le double ou davantage.
Dans ce document, vous trouverez peut-être matière à changer toute votre stratégie de départ en retraite, de manière positive. Alors, ne vous en privez pas !
Conseil 2
Osez proposer la rupture conventionnelle
Ne posez jamais votre lettre de départ volontaire sans tenter le coup d’une rupture conventionnelle ! Pour mettre toutes les chances de votre côté :
Un refus ne vous coûte rien, alors pourquoi ne pas essayer ?
Conseil 3
Pensez à la surcote avant d’accepter votre mise à la retraite
Votre employeur vous propose la mise à la retraite à 67 ans ? Rien ne vous oblige à dire oui.
Dans votre réflexion globale, n’oubliez pas que chaque trimestre travaillé en plus majore votre pension de 1,25%, sans plafond, grâce au mécanisme de la surcote. Vous pourriez par exemple lui demander une indemnité plus élevée, en justifiant un manque à gagner sur l’ensemble de votre retraite, en cas de départ “anticipé”. A vous de voir !
Conseil 4
N’oubliez pas votre mutuelle d’entreprise
En quittant l’entreprise, vous perdez aussi votre complémentaire santé. Pour rester couvert :
Vos questions fréquentes sur le départ à la retraite et l’employeur
Mon employeur peut-il m’obliger à partir à la retraite ?
Pas avant vos 67 ans. De 67 à 69 ans, il doit vous demander chaque année par écrit si vous souhaitez partir. Votre refus le bloque alors pour un an. À partir de 70 ans, il peut vous mettre à la retraite sans votre accord.
Quel préavis dois-je respecter pour partir à la retraite ?
Un mois si vous avez entre 6 mois et 2 ans d’ancienneté, deux mois au-delà. Votre convention collective peut prévoir une durée plus favorable, auquel cas c’est elle qui s’applique. Le préavis est le même lorsque c’est votre employeur qui vous met à la retraite.
L’indemnité de départ à la retraite est-elle imposable ?
Oui. L’indemnité du départ volontaire est imposable en totalité et supporte les cotisations sociales, la CSG et la CRDS, comme un salaire. Ne la confondez pas avec l’indemnité de mise à la retraite, versée quand votre employeur décide, qui est exonérée d’impôt. Seule exception côté départ volontaire : s’il s’inscrit dans un plan de sauvegarde de l’emploi, un licenciement économique collectif, l’indemnité est exonérée.
Combien vaut l’indemnité légale de départ à la retraite ?
Un demi-mois de salaire à partir de 10 ans d’ancienneté, un mois à partir de 15 ans, un mois et demi à partir de 20 ans et deux mois à partir de 30 ans. En dessous de 10 ans d’ancienneté, la loi ne prévoit aucune indemnité. Votre convention collective fait souvent mieux.
Puis-je toucher le chômage juste avant ma retraite ?
Oui, à condition que la rupture soit involontaire, donc après un licenciement ou une rupture conventionnelle, jamais après un départ volontaire à la retraite. Comptez jusqu’à 27 mois d’indemnisation après un licenciement, contre 20,5 mois après une rupture conventionnelle dont le contrat se termine à partir du 1er septembre 2026. Une prolongation jusqu’au taux plein reste possible, sous conditions.



